03 juin. 2026
L’intelligence artificielle (IA) transforme notre façon de vivre, d’apprendre et de travailler. Par exemple, lorsque ChatGPT, un grand modèle linguistique créé par OpenAI, est apparu en 2022, cela a marqué un tournant. Tout à coup, une machine pouvait tenir une conversation, résumer des idées complexes et produire des textes étonnamment convaincants, comme s’ils avaient été écrits par un humain. Pourtant, l’IA existe depuis des années et façonne discrètement nos vies à travers les moteurs de recherche, la reconnaissance faciale, les outils de traduction et les applications mobiles.
Aujourd’hui, la différence majeure réside dans l’ampleur du phénomène. L’IA n’est plus cachée en arrière-plan. Elle fait partie de notre quotidien et influence notre façon d’accéder à l’information, de prendre des décisions et de nous exprimer. Cette évolution soulève une question importante : quel est l’impact de l’IA sur la littératie et sur les personnes qui l’enseignent, la soutiennent et la défendent?
La littératie est essentielle à l’équité sociale et à la résilience économique. Savoir lire, écrire et compter permet aux gens de prendre des décisions importantes et de profiter de la vie. Cependant, selon les données les plus récentes de Statistique Canada, une personne en âge de travailler sur cinq au Canada éprouve des difficultés avec les compétences de base en littératie. Il s’agit de parents qui soutiennent l’éducation de leurs enfants, de travailleuses et travailleurs qui lisent les consignes de sécurité ou d’électrices et électeurs qui prennent des décisions éclairées. Bien que le Canada se situe au-dessus de la moyenne de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’écart en matière de littératie s’est creusé au cours de la dernière décennie.
Aujourd’hui, la culture numérique fait partie des compétences fondamentales de la vie quotidienne, au même titre que la lecture et le calcul. Elle couvre l’usage des technologies, l’esprit critique face à l’information en ligne et la compréhension du fonctionnement des flux de données. Bien que de nombreuses personnes utilisent chaque jour un téléphone intelligent ou un ordinateur, l’accès à la technologie et les compétences nécessaires pour s’en servir efficacement ne sont pas répartis de manière équitable. Des obstacles comme des connexions Internet peu fiables, un accès limité aux appareils ou un manque de formation alimentent une fracture numérique qui reflète d’autres inégalités sociales et économiques.
Pour combler cet écart, des investissements sont nécessaires. La culture de l’IA consiste à comprendre ce qu’elle est, son fonctionnement et la manière de s’en servir de façon responsable. Combinée à la culture numérique et à de solides compétences de base, elle aide les gens à penser de manière éthique et critique. Les investissements doivent se concentrer sur les régions les plus touchées par les inégalités : zones rurales, communautés du Nord et personnes nouvellement arrivées en milieu urbain.
L’IA peut contribuer à rendre l’apprentissage plus personnel et plus accessible. Elle peut s’adapter au rythme de chaque personne apprenante, fournir un retour d’information immédiat et traduire des documents dans de nombreuses langues. Les membres du personnel enseignant et éducatif peuvent l’utiliser pour repérer les besoins, suivre les progrès et alléger les tâches administratives. Toutefois, il reste essentiel que les personnes apprenantes sachent lire, écrire et résoudre des problèmes avec assurance.
L’intelligence artificielle offre de grandes possibilités, mais elle n’est pas sans risques. Puisqu’elle repose sur des données existantes, elle peut reproduire les inégalités et biais déjà présents dans la société. Certains logiciels de recrutement, par exemple, ont tendance à désavantager les candidates et candidats handicapés ou à privilégier certains profils. Les outils de correction automatisée, eux, peuvent mal évaluer les travaux des étudiantes et étudiants apprenant l’anglais ou le français comme langue additionnelle, ce qui mène à des résultats injustes.
Les systèmes d’IA collectent de nombreuses données personnelles, ce qui peut exposer des informations sensibles ou influencer les opinions à l’insu des personnes apprenantes, compromettant ainsi la confiance indispensable à l’apprentissage.
Une autre préoccupation concerne la dépendance excessive. Lorsque nous comptons trop sur l’IA pour réfléchir, écrire ou prendre des décisions, nous risquons de perdre notre curiosité et notre esprit critique. Pourtant, rares sont les écoles ou les organisations qui ont mis en place des politiques claires pour encadrer l’usage éthique de l’IA. De nombreux éducateurs et éducatrices apprennent au fur et à mesure, tentant de trouver l’équilibre entre innovation et prudence.
Selon l’OCDE, l’IA pourra bientôt résoudre des tests de littératie et de calcul pour adultes. Cela ne veut pas dire que les compétences des individus seront moins importantes; au contraire, elles deviendront encore plus essentielles. À mesure que l’IA devient plus efficace, les humains doivent acquérir des compétences solides pour interpréter, remettre en question et évaluer ses résultats. Le projet de loi canadien sur la mise en œuvre de la Charte numérique, connu sous le nom de projet de loi C-27, est une première étape vers l’établissement de normes nationales en matière de confidentialité, de protection des données et d’utilisation responsable de l’IA. C’est encourageant, mais les politiques seules ne suffisent pas. Gouvernements, employeurs, éducatrices, éducateurs et organisations à but non lucratif doivent travailler ensemble pour garantir que chacun, en particulier celles et ceux qui sont confrontés à des obstacles, dispose des compétences et du soutien nécessaires pour participer pleinement à cette nouvelle réalité.
Alors que l’IA fait désormais partie de notre quotidien, trois principes doivent guider notre action.
La littératie aide les gens à prendre des décisions qui peuvent améliorer leur vie et le monde. L’IA, utilisée de manière éthique, peut soutenir ce processus, mais ne remplace ni la compréhension ni les relations humaines. Si les politiques gouvernementales sont nécessaires pour protéger la vie privée et la sécurité personnelle, nous partageons la responsabilité de donner la priorité aux personnes et de veiller à ce qu’elles soient en mesure d’utiliser cette nouvelle technologie. Pour construire un avenir plus inclusif, nous devons aider les gens à comprendre à la fois le monde et les algorithmes qui le façonnent.